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 La gare

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Sansa



Nombre de messages: 36
Date d'inscription: 03/02/2007

MessageSujet: La gare   Dim 4 Fév - 15:07

Mina était là. Sur le quai de la gare. Elle attendait, le prochain train peut-être. Mais, cette gare était désaffectée, plus aucun train n’y passaient. Pourtant elle était là. Docile, droite comme un i. Ses cheveux longs bien coiffés tombaient sur ses épaules. Son visage adoptait une expression neutre, sans qu’aucunes émotions n’apparaissent.

Il était tard, environ onze heures du soir. Il ne faisait ni chaud ni froid, on devait être au printemps, peut-être en mai.
Une autre personne la rejoignit, un garçon, il avait environ deux ans de plus qu’elle. Elle-même en avait seize.
-Bonsoir Mina, dit-il.
Elle ne répondit rien. Elle sortit un bloc-note et marqua : « Bonsoir Coba, il n’est toujours pas revenu ? »
-Non, malheureusement. Et elle non plus à ce que je vois.
Ce furent les seuls mots qu’ils échangèrent.
Ils restèrent ainsi toute la nuit durant. Puis Coba s’en alla le premier. Bientôt suivit par Mina. Toutes les nuits étaient ainsi. Elles se succédaient toutes de façon identique.
Un soir, un mendiant, ivrogne et sentant dort, s’installa dan,s la gare. Il fut étonné mais sans plus de voir les deux jeunes gens rester chaque nuit debouts éveillés. Mais il ne fit aucun commentaire, les laissant faire. Il avait l’habitude d’être invisible aux yeux des autres.
Un jour, cependant, il sortit de son mutisme et s’approcha en titubant vers Mina. Il lui demanda en bégayant ce qu’elle faisait là chaque soir. Elle écrivit si lentement et si doucement que l’on aurait pu croire que son crayon ne faisait qu’effleurer le papier à la manière d’un fantôme. Il déchiffra le message difficilement : « J’attends. »
-Tu attends ? Mais quoi ? Et pourquoi ne parles-tu pas ?
Mina dévoila le dos de son carnet où étaient marqué d’une couleur rouge dépassée : « JE SUIS SOURDE ET MUETTE »
Le mendiant, légèrement bouleversé retourna s’allonger dans son coin.
Un autre soir, il retenta sa chance auprès du jeune homme. Coba lui fit la même réponse énigmatique :
-J’attends.
-Tu attends ? Mais quoi ? répondit l’ivrogne encore une fois.
Coba ne répondit rien. Il était l’heure de partir. Il s’éloigna en silence du mendiant, sans un regard en arrière, toujours avec la même expression si étrangement neutre. Peu après, Mina partie à son tour. Le dernier voulu la suivre. Mais elle avait disparue au moment où il sortait de la gare. Il ne la voyait plus nul part. C’était le matin, une légère brume voilait les formes spectrales des bâtiments désaffectés. Il se frotta les tempes avec ses doigts, cligna des yeux, mais il ne vit pas Mina.
-Je devrais arrêter de boire… Ronchonna-t-il pour lui-même. Il repartit dans la gare et s’endormit sous ses cartons, comme à son habitude. Durant la journée, son emploie du temps était simple : il dormait une bonne partie de la journée et allait manger dans un refuge ou faire la manche le soir. Avec l’argent qu’il récoltait, il s’achetait à boire, le plus souvent. Pour oublier.
Mais maintenant, il y avait ces jeunes gens dans cette gare. Ils l’intriguaient. Il voulait savoir qui ils étaient et pourquoi ils venaient ici. Et toute cette brume, c’était déroutant, l’été allait bientôt arriver ! Une brume blanche et opaque mais pas froide. Un brouillard étrange, pas naturel.
Le soir suivant, Mina arriva. Tranquille dans sa robe rouge passée et démodée. Se tenant toujours droite, les cheveux bien coiffés comme tous les jours. Rien n’avait changé. C’était la tête du mendiant qui était en ébullition à présent. Il devina bien que Mina ne pourrait pas lui raconter leur histoire par écrit. Il décida donc d’attendre Coba. Le temps passait lentement, bien plus lentement qu’à l’ordinaire. Au bout d’un moment qui lui semblait interminable, Coba arriva enfin. Mais il était toujours à la même heure, toujours ponctuel. Il échangea toujours les même phrases avec Mina.
L’ivrogne, lentement, s’approcha d’eux. Il voulu appuyer légèrement sur le bras de Coba. Mais celui-ci se recula vivement ; Alors que le mendiant allait ouvrir la bouche pour poser une question, Coba s’approcha du mendiant et posa ses mains sur les paupières du mendiant. Tout doucement, ses mains étaient froides et douces comme de la neige. Puis, lentement, Coba approcha son visage de celui du mendiant et l’embrassa. Mais ce ne fus pas un véritable baisé, pour eux. Une personne extérieure le verrait comme cela mais pas eux. Ni Mina qui comprenais ce qui se passait comme si elle le vivait elle-même. D’ailleurs, peut-être le vivait-elle…
L’ivrogne, au moment où il sentit les lèvres gelée de Coba sur les siennes, reçut une avalanche d’information. Des souvenirs ; Des souvenirs appartenant à Coba. Il les vivait tous, les uns après les autres. Il était dans sa tête, vivait dans sa tête. Il s’appelais Coba à présent. Il ressentait sa joie immense lors des étés où, encore jeune et insouciant, il jouait des heures entières avec son frère. Son bonheur lors du dernier été de jouissance, où il avait rencontré Mina et sa sœur. Puis, cette guerre… Lâche et sournoise, venue d’il ne savait où. Portant ses coups dans le dos, aux endroits les plus fragiles. Puis, son frère parti, combattre sans doute. Coba aurait tout fait pour le suivre mais il en était hors de question., on lui avait interdit. Enfin ce jour où il était revenu pour repartir, mais cette fois pour de bon. Dans ce train. Dans ce train où tant de personnes avaient disparue. Il ne lui restait plus que Mina, sa sœur étant aussi partie.
Depuis, Coba et Mina les attendais, inlassablement, tous les soirs.
Le mendiant redevint lui-même, mais changé. Il ne réussissait pas à croire ce qu’il venait de vivre. Etais-ce du à l’alcool ? Peut-être avait-il tout rêvé ?

Presque deux trimestres s’écoulèrent. Le mendiant était toujours là, il n’avait pas put se résoudre à quitter cette gare comme il le faisait quand l’hivers approchait. Il remarqua que les adolescents portaient toujours les mêmes habits délavés par le temps et totalement démodés. Toute la journée, il attendait impatiemment le soir pour les voir arriver. Il en oubliait même parfois de boire !
Le soir de la saint Sylvestre, alors qu’il réveillonnait tout seul, Mina et Coba étaient postés à leur endroit habituels, l’un derrière l’autre. Puis, le mendiant qui somnolait presque entendis un léger bruit, presque imperceptible, alors que l’horloge affichait presque minuit de l’autre coté de quai. C’était bizarre, c’était la première fois qu’il voyait cette horloge. Il sortit de son abris et vit un train entrer en gare. Il ne faisait aucun bruit et semblait flotter sur un nuage de brume. Lentement, silencieusement, fantômatiquement, Mina, telle une déesse, s’en approcha. La porte de la locomotive s’ouvrit d’elle-même. Les pupilles du mendiant se dilatèrent. Il ne pouvait plus bouger, derrière la porte… Il y avait un couple. Ils tendaient leur mains. Mina et Coba les rejoignirent. Le train repartit. Laissant le mendiant sur le quai seul et déboussolé.
Bien qu’il s’y attendais, une étrange tristesse l’enveloppa. Il était désolé à l’idée de ne jamais les revoir, les soirs, à attendre toutes les nuits, l’impossible qui s’était finalement produit. Ils allaient lui manquer. En même temps, il était un peu jaloux à l’idée qu’ils aient retrouvés leurs bonheurs. Qu’ils soient enfin heureux, eux. Une feuille de papier s’envola. Elle venait du carnet de Mina. Il l’attrapa au vol et la lue : « Il suffit d’attendre et nos rêves se réalisent un jour ou l’autre. »

Le lendemain, il ne faisait ni chaud ni froid. Le mendiant se réveilla en se disant qu’il avait rêvé tout cela, il ne faisait pas un temps de 1er janvier. Puis, il retrouva à coté de lui une feuille arrachée à un calepin.
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