Entre rêve et réalité
Elle était là, seule, dans cette petite cellule aux murs sombres, ses longs cheveux noirs comme la nuit retombant tel un rideau dans son dos légèrement voûté. Ses yeux verts étaient cernés, signe qu'elle n'avait pas dormi depuis des lustres. Ses mains autrefois douces étaient à présent noires de saleté et elle ne portait que pour simple vêtement, un haut noir à moitié déchiré ainsi qu'un pantalon noir troué. La tête levée vers le plafond, son regard était terne, comme si elle était absente et que son âme avait soudainement quitté son corps. Elle restait figée sans mot dire, comme prisonnière d'une autre réalité connue d'elle seule. On frappa contre la porte de sa cellule, elle ne bougea pas. Elle n'esquissa pas même un mouvement lorsqu'un plateau de nourriture fut posé devant elle. Le gardien lui lança un regard inquiet. Depuis quand ne l'avait-il pas vue faire au moins un signe de vie ? Haussant les épaules, il quitta l'endroit en prenant bien soin de refermer la porte derrière lui.
" C'est beau, murmura-t-elle en ne quittant pas sa position. Tu aimes les fleurs Kana ?
Il y eût un silence avant qu'elle ne reprenne dans un souffle.
- Je m'en doutais. J'aimerais cueillir des roses blanches.
Un mince sourire étira ses lèvres, mais ses yeux restèrent vides de toute émotion.
- Elles sont d'une pureté et d'une innocence incroyables, mais elles demeurent si fragiles. Une simple brise pourrait arracher leurs si délicates pétales.
Elle se mit à rire.
- Oui, tu as raison Kana, les coquelicots aussi sont jolis.
Son visage se ferma soudainement et ses sourcils se froncèrent.
- Tu ne vas pas mourir Kana, tu verras, je te sauverai, il ne te fera plus de mal.
Elle parut ensuite décontenancée.
- Tu refuses que je t'aide, Kana ? Tu ne fais plus confiance à ta propre soeur ?
Une expression de colère sembla animer son visage.
- Je t'aiderai que tu le veuilles ou non !
Un cri s'échappa de ses lèvres avant qu'elle ne quitte sa position initiale et ne s'affaisse au sol. Des larmes se mirent à perler sur ses joues alors qu'elle enfonçait inconsciemment les ongles dans les interstices du sol.
- Kana ? dit-elle doucement. Kana ? KANA !
Portant les mains à ses cheveux, elle secoua vivement la tête comme pour effacer un souvenir particulièrement désagréable. N'y parvenant pas, elle se mordit la lèvre inférieure, se griffa le visage, laissant des traînées de sang sur chacune de ses joues. Elle frappa avec violence le sol de ses poings, attrapa le plateau de nourriture qui gisait sur le sol et le balança contre un des murs de sa prison avec violence. Elle était folle, elle devenait folle ! Puis, vidée de toutes forces, elle se laissa choir à genoux sur le sol glacial avant de porter les mains à son visage, pleurant toutes les larmes de son corps.
- Je veux mourir."